
Texte de Jacques Macé, historien de Draveil, avec son aimable autorisation.
Le
château
principal de Draveil, qui donnait à son propriétaire
le droit de porter le titre de seigneur de Draveil, était
celui que nous appelons depuis 1911 château de Paris-Jardins,
alors que Villiers était - dans le système de l'Ancien
régime - un
arrière-fief dont le propriétaire devait foi et hommage
au seigneur de Draveil. Il n'empêche que certains propriétaires
de Villiers, nobles ou bourgeois parisiens, ont joué un rôle
dans l'histoire de France, au XVIIIème siècle
notamment. Citons Pierre Lepetit, directeur général
des Économats de France. Les Économats étaient une Caisse créée après la Révocation de l'Edit de Nantes pour gérer les biens confisqués aux protestants. Cette activité donnait lieu à de vastes trafics financiers (déjà !). Pierre Lepetit fut destitué par Louis XV en 1724, ses biens - dont le château de Villiers - confisqués et vendus aux enchères. Villiers connaît alors une longue suite de propriétaires dont un maître de ballet de l'Académie royale de Musique. En 1773, il est acheté par le général-comte Henri de Bombelles, héros de la guerre de sept ans et de la bataille de Fontenoy (Messieurs les Anglais, tirez les premiers !) qui mène une vie fort fastueuse entre son hôtel de la rue Saint-Dominique à Paris et sa maison de campagne de Draveil. En 1780, le château brûle et Bombelles fait construire le corps central du château actuel. Il s'agit d'une construction sans sous-sol et sur fondations légères, non prévue pour durer très longtemps, comme on le faisait à l'époque. D'où les travaux d'entretien fréquents que nécessite ce château. Le comte de Bombelles meurt ruiné en 1783 et le château est acheté par Charles Levavasseur, directeur général des Fourrages aux Armées, lequel fait construire les deux ailes latérales, dont l'une contient une salle à manger superbement décorée de statues de Bacchantes de haut relief en ronde-bosse. Très riche, Charles Levavasseur marie sa fille unique au baron de Béthune-Hesdigneul, descendant du grand Sully. |
Son fils Auguste est un érudit
et paléologue, très proche du
Saint-Siège, qui a laissé son nom attaché à la restauration
de l'Abbaye de Cluny.
Il constitue à Villiers une bibliothèque de 20.000 volumes anciens
qui a été transférée depuis à Aix-en-Provence. Officier de réserve, François d'Origny s'engage dans le mouvement de résistance OCM (Organistion Civile et Militaire). Le Château de Villiers devient un point de regroupement des aviateurs Anglais et Canadiens abattus, avant leur évacuation vers l'Espagne. En août 1944, l'état-major du maquis de Fontainebleau, qui regroupe tous les mouvements de résistance de la région, s'installe à Villiers. C'est alors que survient la tragédie du 16 août. Un agent de la gestapo française, se faisant passer pour un Anglais, convoque des mouvements de résistance de banlieue Porte Maillot à Paris pour y recevoir des armes. Les jeunes qui se rendent au rendez-vous sont conduits à la Grande Cascade du Bois de Boulogne où ils sont fusillés (drame mis en scène dans le film Paris brûle-t-il ?). Un groupe part de Villiers, comprenant deux gendarmes de Draveil en uniforme pour faciliter le passage des barrages, deux autres résistants de Draveil, un de Vigneux, un de Montgeron et un d'Yerres. Leur camion arrive en retard et il est dirigé vers la rue Leroux (près de la gestapo de l'avenue Foch) où les sept hommes sont abattus. Draveil est évacué par les Allemands le 21 août, sans autre incident que la prise d'une vingtaine d'otages qui seront libérés en forêt de Sénart. |
Un conseil de guerre se tient le 30 août au château de Villiers pour juger des personnes accusées de collaboration ou de dénonciation. En effet, la rumeur attribue le massacre du 16 août à une dénonciation locale, alors que le procès des responsables, cinq ans plus tard, prouvera que la machination avait été montée à Paris. Quatre condamnations, dont celle du maire communiste de Draveil de 1936 à 1940, sont prononcées et immédiatement exécutées. |
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Après la guerre, François d'Origny est l'objet des pressions de l'Agence d'Aménagement de le Région Parisienne qui désire construire des logements sur les terres de Villiers. En 1954, il vend l'ensemble à la Caisse des dépôts et Consignations qui, les années suivantes, construit les immeubles du domaine de Villiers. Toutefois, un parc de sept hectares est conservé autour du château. Mais ce dernier, transformé en centre de loisirs, n'est plus entretenu et sa décoration est vandalisée. Cette situation va durer trente ans. En 1988, la ville de Draveil, à la recherche d'un site pour y implanter un centre culturel, achète le château et le remet en état. Une aile accueille la bibliothèque-médiathèque et les salons sont transformés en salles d'exposition temporaire. Une salle de spectacles est construite à proximité. Le château devient donc à partir des années 1990 le centre de la vie culturelle de la ville. Construction
fragile, le château de Villiers a du subir tout au long des
XIXème
et XXème siècles des restaurations fréquentes,
au point qu'il fût à plusieurs reprises envisagé de
le raser et de le reconstruire. Les revenus de La Martinique permirent
de le sauver.
Les travaux de remise en état de 1988 ont été succincts
et, quinze ans plus tard, le délabrement du bâtiment
nécessite d'importants
travaux de restauration, financés cette fois par les contribuables.
Une association des Amis du Château de Villiers (A.C.V.)
a été créée pour soutenir l'action de
la Municipalité en ce domaine
et pour contribuer à la sauvegarde, l'entretien et la mise
en valeur du château et de son parc. Ainsi la pérennité du
château
sera assurée jusqu'au
milieu du XXIème siècle au moins. |
Le
château n'est pas ouvert à la visite mais le public peut en fréquenter
les salons lorsque s'y déroule une exposition artistique
ou culturelle. |


