Le Château de Villiers

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Texte de Jacques Macé, historien de Draveil, avec son aimable autorisation.


Cliquez pour agrandir    Aujourd'hui centre culturel de Draveil, le château de Villiers a derrière  lui une longue histoire. Le château actuel, d'un élégant style néo-classique classé monument historique, a été construit en 1782 sous le règne de Louis XVI, remplaçant un château plus ancien, détruit par un incendie, dont seuls demeurent les deux pavillons de style Henry IV situés de part et d'autre de la cour d'honneur.

Sous l'Ancien régime

   Le château principal de Draveil, qui donnait à son propriétaire le droit de porter le titre de seigneur de Draveil, était celui que nous appelons depuis 1911 château de Paris-Jardins, alors que Villiers était - dans le système de l'Ancien régime - un arrière-fief dont le propriétaire devait foi et hommage au seigneur de Draveil. Il n'empêche que certains propriétaires de Villiers, nobles ou bourgeois parisiens, ont joué un rôle dans l'histoire de France, au XVIIIème siècle notamment. Citons Pierre Lepetit, directeur général des Économats de France.

    Les Économats étaient une Caisse créée après la Révocation de l'Edit de Nantes pour gérer les biens confisqués aux protestants. Cette activité donnait lieu à de vastes trafics financiers (déjà !). Pierre Lepetit fut destitué par Louis XV en 1724, ses biens - dont le château de Villiers - confisqués et vendus aux enchères.

   Villiers connaît alors une longue suite de propriétaires dont un maître de ballet de l'Académie royale de Musique. En 1773, il est acheté par le général-comte Henri de Bombelles, héros de la guerre de sept ans et de la bataille de Fontenoy (Messieurs les Anglais, tirez les premiers !) qui mène une vie fort fastueuse entre son hôtel de la rue Saint-Dominique à Paris et sa maison de campagne de Draveil.

   En 1780, le château brûle et Bombelles fait construire le corps central du château actuel. Il s'agit d'une construction sans sous-sol et sur fondations légères, non prévue pour durer très longtemps, comme on le faisait à l'époque. D'où les travaux d'entretien fréquents que nécessite ce château.

   Le comte de Bombelles meurt ruiné en 1783 et le château est acheté par Charles Levavasseur, directeur général des Fourrages aux Armées, lequel fait construire les deux ailes latérales, dont l'une contient une salle à manger superbement décorée de statues de Bacchantes de haut relief en ronde-bosse. Très riche, Charles Levavasseur marie sa fille unique au baron de Béthune-Hesdigneul, descendant du grand Sully.

De la Révolution à la Seconde Guerre mondiale    Haut

   Veuve en 1789, la ci-devant baronne Béthune connaît quelques aventures durant la Révolution, se remarie et meurt à Rome où elle a accompagné son époux servant dans les armées de la République Française.

   Durant le Premier Empire, Villiers est la propriété de Charles Gamot, directeur des Contributions Indirectes, dont l'épouse est l'amie de la reine Hortense (fille de Joséphine de Beauharnais) et la sœur de la maréchale Ney.

   Les Gamot sont donc très proches du pouvoir impérial et Charles Gamot, nommé préfet de l'Yonne, accueillera Napoléon à Auxerre en 1815 lors de son retour de l'île d'Elbe (par la route Napoléon !).

   Le château devient ensuite la propriété de la famille Pécoul qui va le conserver jusqu'en 1954. Les Pécoul possèdent deux grandes plantations de canne à sucre à La Martinique mais vivent le plus souvent en France de leurs revenus coloniaux.

   Villiers est alors richement meublé et décoré. Son parc de quarante hectares est aménagé à l'anglaise. En 1870, Madame Pécoul, née Law de Lauriston, crée dans le château un hôpital militaire où elle accueille les blessés bavarois et français.
   

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   Son fils Auguste est un érudit et paléologue, très proche du Saint-Siège, qui a laissé son nom attaché à la restauration de l'Abbaye de Cluny. Il constitue à Villiers une bibliothèque de 20.000 volumes anciens qui a été transférée depuis à Aix-en-Provence.
   Le fils d'Auguste Pécoul décède accidentellement lors d'un voyage en Indochine et le château devient la propriété de sa fille qui a épousé le vicomte Henri Hutteau d'Origny, lequel tombe au champ d'honneur en 1915, laissant un fils de 11 ans, François Hutteau d'Origny.


   Dans les années 1930, François d'Origny et son épouse Gilonne mènent une vie fort mondaine, alimentée par les revenus de La Martinique, et reçoivent à Villiers le Tout-Paris des années folles. Les habitants de Draveil sont reçus dans le parc pour des manifestations plus sages : la procession de la Fête-Dieu et la kermesse paroissiale. La seconde guerre mondiale va mettre fin à cette harmonie.

   Officier de réserve, François d'Origny s'engage dans le mouvement de résistance OCM (Organistion Civile et Militaire). Le Château de Villiers devient un point de regroupement des aviateurs Anglais et Canadiens abattus, avant leur évacuation vers l'Espagne.

   En août 1944, l'état-major du maquis de Fontainebleau, qui regroupe tous les mouvements de résistance de la région, s'installe à Villiers. C'est alors que survient la tragédie du 16 août. Un agent de la gestapo française, se faisant passer pour un Anglais, convoque des mouvements de résistance de banlieue Porte Maillot à Paris pour y recevoir des armes.

   Les jeunes qui se rendent au rendez-vous sont conduits à la Grande Cascade du Bois de Boulogne où ils sont fusillés (drame mis en scène dans le film Paris brûle-t-il ?). Un groupe part de Villiers, comprenant deux gendarmes de Draveil en uniforme pour faciliter le passage des barrages, deux autres résistants de Draveil, un de Vigneux, un de Montgeron et un d'Yerres. Leur camion arrive en retard et il est dirigé vers la rue Leroux (près de la gestapo de l'avenue Foch) où les sept hommes sont abattus. Draveil est évacué par les Allemands le 21 août, sans autre incident que la prise d'une vingtaine d'otages qui seront libérés en forêt de Sénart.


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   Un conseil de guerre se tient le 30 août au château de Villiers pour juger des personnes accusées de collaboration ou de dénonciation. En effet, la rumeur attribue le massacre du 16 août à une dénonciation locale, alors que le procès des responsables, cinq ans plus tard, prouvera que la machination avait été montée à Paris. Quatre condamnations, dont celle du maire communiste de Draveil de 1936 à 1940, sont prononcées et immédiatement exécutées.



La transformation     Haut

   Après la guerre, François d'Origny est l'objet des pressions de l'Agence d'Aménagement de le Région Parisienne qui désire construire des logements sur les terres de Villiers. En 1954, il vend l'ensemble à la Caisse des dépôts et Consignations qui, les années suivantes, construit les immeubles du domaine de Villiers. Toutefois, un parc de sept hectares est conservé autour du château. Mais ce dernier, transformé en centre de loisirs, n'est plus entretenu et sa décoration est vandalisée. Cette situation va durer trente ans.

   En 1988, la ville de Draveil, à la recherche d'un site pour y implanter un centre culturel, achète le château et le remet en état. Une aile accueille la bibliothèque-médiathèque et les salons sont transformés en salles d'exposition temporaire. Une salle de spectacles est construite à proximité. Le château devient donc à partir des années 1990 le centre de la vie culturelle de la ville.

   Construction fragile, le château de Villiers a du subir tout au long des XIXème et XXème siècles des restaurations fréquentes, au point qu'il fût à plusieurs reprises envisagé de le raser et de le reconstruire. Les revenus de La Martinique permirent de le sauver. Les travaux de remise en état de 1988 ont été succincts et, quinze ans plus tard, le délabrement du bâtiment nécessite d'importants travaux de restauration, financés cette fois par les contribuables. Une association des Amis du Château de Villiers (A.C.V.) a été créée pour soutenir l'action de la Municipalité en ce domaine et pour contribuer à la sauvegarde, l'entretien et la mise en valeur du château et de son parc. Ainsi la pérennité du château sera assurée jusqu'au milieu du XXIème siècle au moins.

Visite du château

Cliquez pour agrandir    Devant le château s'étend une esplanade longue de 400 mètres, bordée de quatre rangées de tilleuls. On l'appelle Allée des Tilleuls Louis XIV car elle figure déjà sur les plans du XVIIème siècle. De la demi-lune située à son extrémité, on peut observer la grille d'entrée, les deux pavillons de garde et l'harmonieuse cour d'honneur.
   L'aile gauche et le premier étage du corps central sont occupés par la bibliothèque-médiathèque municipale. Les pièces de réception se situent au rez-de-chaussée du corps central et dans l'aile droite. Un large vestibule donne accès au grand salon ouvrant sur le parc. Ces deux pièces constituaient un très bel ensemble de style Louis XVI, blanc et or.
Malheureusement, les colonnes et pilastres ont été badigeonnées, les cheminées ont disparu et il ne demeure que quelques vestiges de leur décoration.

   La pièce à gauche du grand salon était une bibliothèque meublée en gothique anglais, style Walter Scott, dont il ne demeure que le plafond. A droite du grand salon, le salon de peinture abritait la collection de la famille Pécoul, comprenant une vingtaine de tableaux de grands maîtres. Il est suivi du petit boudoir de la vicomtesse d'Origny.

   Revenant dans le vestibule, le visiteur trouve à sa gauche une vaste pièce qui était la salle de billard. Elle donne accès à la salle à manger des Bacchantes, ensemble le plus remarquable du château. De part et d'autre de deux niches et entre les fenêtres, huit statues en ronde-bosse de facture très classique sont attribuées à un artiste de l'école de Clodion. Mais quatre autres statues représentent des Bacchantes ivres de joie et de santé, offrant fruits et boissons aux convives. On ignore le nom de l'auteur de cette œuvre plaisante et originale.

   En traversant la cour des communs située derrière l'aile gauche (orangerie, écuries, dépendances, pigeonnier), on accède à la pelouse et au parc d'où l'on peut observer le fronton du Château portant un joli groupe représentant Cérès, déesse romaine des moissons.


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   Le château n'est pas ouvert à la visite mais le public peut en fréquenter les salons lorsque s'y déroule une exposition artistique ou culturelle.

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© Alain Lubin 2004/2008